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Il est bien évident que Dieu ne peut pas être attiré par le péché en tant que tel mais il est attiré par le pécheur. Nos errements, ne diminuent pas, pas plus qu’ils ne l’éloignent, l’amour de Dieu envers nous.

            Lorsque Dieu est refoulé par ses créatures, sa bonté augmente et se gonfle telle une vague atteignant le rivage, au point que le don initial bafoué devient pardon un don par-dessus le don  -, l’amour se fait miséricorde.

            Comme si le péché avait ce pouvoir de redoubler l’amour de Dieu envers les pécheurs, vertige de l’amour !

            Combien d’âmes se tiennent à distance de Dieu après leurs fautes, et préfèrent s’enfermer dans leur peur imaginaire d’être puni ou d’être moins aimé par Dieu.

            Si seulement elles savaient combien Dieu n’est que compassion envers elles, combien il n’attend qu’un oui humble de leur part pour répandre à profusion sa miséricorde qui reconstruit et pacifie.

            « Me vois-tu ma petite Mère, écrit Léonie à Pauline, tomber les mains vides dans les bras du Dieu vivant » comme le dit la Sainte Écriture.

             Léonie à sa sœur Marie : « Une seule chose me fait aimer cette pauvre vie terrestre, c’est que l’on peut donner sans cesse à boire à notre Bien Aimé ».

            « Si la joie de Dieu est d’aimer, alors je lui ferai plaisir en me laissant aimer ».

           

            Et lorsque le pauvre pécheur s’ouvre à la miséricorde de Dieu, ce dernier peut avec joie faire son métier de Dieu, c’est-à-dire répandre à profusion sa miséricorde, seule capable de recréer l’enfant blessé qu’il chérit tendrement.

            Saisi par un tel amour, le misérable n’hésite plus à se présenter devant Dieu, sachant qu’il sera puni par un « baiser ». Même le péché et la misère ne sont plus un obstacle pour la sainteté.

            En effet, tout en luttant contre, lorsque nos péchés sont plongés dans cette divine entreprise de recyclage qu’est la miséricorde de Dieu, ils peuvent même devenir le carburant en vue d’une haute sainteté.

            Léonie, si faible, a appris à réparer en se laissant réparer, à porter en laissant porter : « Il m’a choisie pour être sa petite réparatrice cette année, je n’y comprends rien… ( …) Que j’ai donc besoin du secours du bon Dieu, je me sens une toute petite enfant qui ne sait pas marcher ; cette pensée loin de me désoler m’encourage parce que Jésus voyant mon impuissance s’oblige à me porter ».

            Toute jeune, Léonie se montre lente dans l’apprentissage de la marche, mais c’est encore plus flagrant intellectuellement. Le contraste est saisissant avec ses sœurs.

« Je fais donner des leçons à Léonie par une demoiselle qui a son brevet supérieur. L’enfant apprend bien difficilement » dit Zélie.

Elle pourrait se rattraper manuellement, mais là non plus ce n’est pas brillant : « Je ne sais rien tirer de mes dix doigts », confiera-t-elle plus tard à sa sœur Marie.

A mesure qu’elle grandit, Léonie tranche tellement vis-à-vis de ses sœurs, qu’elle imagine avoir été changée avec un autre bébé quand elle était en nourrice. Sa mère devra la rassurer sur ce point.

            Dans un courrier au début de l’année 1931, elle confie : « L’eczéma fait plus que montrer ses cornes, il est sorti de sa coquille, il est furieux  (…) le sang est en ébullition et me revêt d’un cilice des pieds à la tête par des démangeaisons, surtout la nuit, ce qui m’empêche de fermer l’œil. »

             « Cette pauvre enfant me donne de l’inquiétude, car elle a un caractère indiscipliné et une intelligence peu développée », écrit Zélie à son frère, Monsieur GUÉRIN.

            Léonie a connu tout au long de sa vie des pesanteurs d’âme qui tiennent en quatre mots qui sont ses quatre maux, et elle dit : « J’éprouve cependant les mêmes difficultés : ennuis, dégoûts, lassitudes de toutes sortes, angoisses… » Et comme si cela ne suffisait pas, elle précise qu’à ses souffrances de l’esprit, s’ajoute cette souffrance de l’âme qu’est la sécheresse intérieure, l’impression que « Jésus se cache toujours plus » : « Que c’est difficile surtout quand on se croit presque rejetée de Dieu que l’on aime tant, ou que l’on voudrait tant aimer ».

 

            Elle perçoit cruellement le contraste avec sa sœur Carmélite, Thérèse, qui s’apprête au grand passage vers l’au-delà. Elle le lui partage avec une simplicité déconcertante : « Pour toi, ma chérie, tu es prête à aller voir le bon Dieu, sûrement tu seras bien reçue ; mais moi, hélas ! J’arriverai les mains vides (…) parle-moi du bon Dieu et de ce qui peut me faire avancer dans la vertu (…) Si tu savais comme il faut que je sois aidée pour ne pas me laisser aller aux plaisirs et aux vanités du monde, car malgré toute la bonne volonté possible, on s’y laisse insensiblement entraîner ».

 

            Léonie, avec ses pauvretés, est vraiment notre sœur en humanité, elle est réellement de notre race, elle peut comprendre de l’intérieur nos souffrances intimes et nos fêlures secrètes.

            Ce bilan réaliste ouvre pour tous une immense espérance : si « la pauvre Léonie » a réussi une telle course de géant, alors que son embarcation n’avait rien d’une « formule 1 » des mers, tous les espoirs sont permis pour nous.

 

MÉDITONS 

 

Moi si j’avais commis tous les crimes possibles

Je garderai toujours la même confiance

Car je sais bien que cette multitude d’offenses

N’est qu’une goutte d’eau dans un brasier ardent.

 

Oui, j’ai besoin d’un cœur tout brûlant de tendresse,

Qui reste mon appui, et sans aucun retour

Qui aime tout en moi, et même ma faiblesse

Et ne me quitte pas, ni la nuit ni le jour.

 

                                                           Ste Thérèse de Lisieux

 

Léonie, la faiblesse transfigurée,

 

1er semaine de Carême – 21 Février 2024 – Noëline FOURNIER, Laïc

 
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