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La canonisation des « parents Martin » conforte celles et ceux qui, vivants mariés et dans le monde, aspirent à Dieu.

            Elle confirme ce que le Pape Jean-Paul II soulignait, dès 1994, dans sa lettre aux familles : « Le Concile  a rappelé que la Sainteté est la vocation universelle des baptisés. A notre époque, comme dans le passé, il ne manque pas de témoins de « l’évangile de la famille » même s’ils ne sont pas connus ou s’ils n’ont pas été canonisés par l’Eglise. »     

            Élever Zélie et Louis sur l’autel revient de la sorte à entériner que le couple et la famille, malgré les limites qui sont les leurs et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer, ne sont pas moins des formes incarnées de la « bonne nouvelle ».

            « Le Bon Dieu ma donné un père et une mère plus digne du ciel que de la terre » écrit sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus à l’Abbé BELLIÉRE.

            Thérèse âgée de 24 ans, n’a plus que deux mois à vivre avant que la tuberculose ne l’emporte. D’où lui vient une telle vision de ses parents ? Elle prends soin de le préciser : « De ce qu’ils demandèrent au Seigneur de leur donner beaucoup d’enfants et de les prendre pour lui ; de ce que ce désir fut exaucé : quatre enfants s’envolèrent pour le ciel, et les cinq autres prirent Jésus pour leur époux. »

            Zélie et Louis MARTIN ont scellé leur amour le 12 Juillet 1858 à l’Hôtel de ville d’Alençon. Au lendemain de leur mariage, les MARTIN s’installent rue du Pont-Neuf où ils passeront les treize premières années de leur vie commune. Chacun prend ses repères au regard de la double activité professionnelle du foyer. C’est aussi pour Zélie le temps de la découverte d’un nouveau quartier et d’une nouvelle paroisse, celle de Montsort. Mais c’est surtout le moment où le couple se forme et fonde une famille. Des époux qui s’aiment et qui le disent.

            Dès la première lettre à son frère Isidore installé à Paris, qui date de 1863, Zélie dit son admiration pour Louis et la joie qu’elle éprouve de l’avoir pour mari :

            « Je suis toujours très heureuse avec lui. Il me rend la vie bien douce. C’est un saint homme que mon mari, j’en désire un pareil à toutes les femmes, voilà le souhait que je leur fais pour la nouvelle année. » Reconnaissance de la bonté de Louis, mais aussi de sa foi dont elle admire la cohérence, que ce soit pour son respect du dimanche ou pour son attention aux plus pauvres : ces deux thèmes reviendront fréquemment sous la plume de la jeune épouse.

            Une identique qualité de sentiment se manifeste dans la première lettre conservée que Louis envoie à sa femme, la même année, au cours d’un voyage à Paris où il négocie la  vente de dentelles :

            « Je ne pourrai arriver à Alençon que lundi ; le temps me paraît long, il me tarde d’être prêt de toi… Je vous embrasse tous de tout cœur, en attendant le bonheur de vous être réunis. J’espère que Marie et Pauline sont bien sages !

            Ton mari et vrai ami qui t’aime pour la vie. »

 

            Un amour qui fait aimer l’autre plus que l’existence elle-même ?  En voyage chez son frère à Lisieux, Zélie écrit à Louis :

            « Il me tarde d’être auprès de toi mon cher Louis ; je t’aime de tout mon cœur, et je sens encore dédoubler mon affection par la privation que j’éprouve de ta présence ; il me serait impossible de vivre éloignée de toi… Que cela me paraît long ! Je t‘embrasse comme je t’aime. »

            Nous le disons : en canonisant ensemble un couple, l’Eglise insiste sur le « pas tout seul, mais les uns avec les autres et les uns par les autres », dans une réciprocité où il importe que chacun tienne sa place.

            Ce qui fait que la famille MARTIN est un exemple est bien le trio que forment désormais Thérèse et ses parents, lequel constitue un cas rare (mais non pas unique) dans l’histoire de la spiritualité. Mais afin que la sainteté des parents soit connue, il a fallu celle de leur fille. C’est en lisant les Manuscrits autobiographiques de Thérèse que beaucoup on découvert le témoignage de foi de ses parents, ont apprécié Zélie et Louis, les ont priés et ont bénéficié de leur intercession. Et c’est en entrant dans la proximité de Louis et de Zélie que beaucoup ont mieux compris Thérèse.

            La foi des époux MARTIN s’enracine dans l’Eucharistie quasi quotidienne à laquelle ils participent.

            « J’ai l’habitude d’aller à la messe de cinq heure et demie » écrit Zélie à Marie et à Pauline. Mais s’ils choisissent un tel moment, précisent les enfants, c’est parce qu’ils y retrouvent les ouvriers qui se rendent au travail. Dans cette rencontre avec un milieu social qui n’est pas le leur, se vit aussi leur communion. Elle prépare ou prolonge la réception de l’hostie consacrée qu’ils souhaitent la plus fréquente possible, « quatre à cinq fois par semaine », selon mère Agnès de Jésus, ce qui est exceptionnel à l’époque. Cet attachement à l’Eucharistie s’accompagne de ce fait d’une pratique très régulière du sacrement de la confession, auquel les parents MARTIN initient de bonne heure leurs enfants. Pour Léonie, sa mère la prépare elle-même aux deux sacrements qu’elle reçoit à douze ans, le 23 mai 1875, lors de la fête de la Sainte-Trinité à Notre Dame d’Alençon. Et le dimanche c’est en famille que les MARTIN participent à la messe. Ainsi au sujet de Thérèse âgée de deux ans :

            « La petite Thérèse va toujours bien, elle a une mine de prospérité, écrit sa mère. Elle sait déjà prier le Bon Dieu. Tous les dimanches, elle va à une partie des vêpres et si par malheur, on omettait de l’y conduire, elle pleurerait sans se consoler. » Et c’est ainsi qu’un jour, à deux ans, elle a ouvert (elle-même) la porte de la maison et s’est sauvée sous l’eau qui tombait à torrents, dans la direction de l’Eglise. On a couru après elle pour la faire rentrer et ses sanglots ont duré une bonne heure. »

            La dévotion profonde au Saint-Sacrement qui anime les MARTIN explique la participation de Louis à l’Association de l’adoration nocturne dans l’église Notre Dame d’Alençon.

            Pris dans le courant de cette spiritualité eucharistique, Louis rejoint les hommes qui assurent les processions de la Fête-Dieu et du Sacré-Cœur. Il accompagne le prêtre qui porte le viatique aux malades. Sainte Thérèse dira de lui :

            « Le cœur si tendre de papa avait joint à l’amour qu’il possédait déjà un amour vraiment maternel. »

            Associés désormais au destin de leur fille, ils le poursuivent à leur tour de manière posthume.

            Le 26 mars 1994, le Pape Jean Paul II proclame les « vertus héroïques » de Louis et de Zélie, c’est-à-dire reconnaît la valeur évangélique de leur vie et de leur témoignage. A la suite de prières adressées par l’intercession des parents MARTIN, la guérison le 29 juin 2002, à Monza, en Italie, de Piétro SCHILIRO, un bébé âgé d’un mois, alors que son état était jugé désespéré, rend possible la béatification de Louis et Zélie le 19 octobre 2008.  La guérison tout aussi inespérée de Carmen PEREZ PONS, à Valence, en Espagne, le 2 janvier 2009 ouvre la voie de leur canonisation. Commence alors une nouvelle étape de leur vie posthume.

 

            J’espère que vous avez passé un bon moment avec la famille MARTIN.

                                   HEUREUSE et SAINTE ANNÉE à vous tous.

 

Samedi 5 janvier 2019 – Noéline FOURNIER, Laïc

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