Prédication disponible en format audio.

A l’heure la plus sombre de la passion, Dieu donne encore à voir une « ouverture ». Ce corps qui fût partagé la veille se retrouve suspendu au bois de la croix. Le bois accueil ce corps, et le fer l’ouvre. Tant les clous que la lance viennent ouvrir la chair de Jésus. Ce fer joue le rôle du couteau du grand prêtre qui égorge l’Agneau. Le minéral est déjà une matière morte, à la différence du végétal qui lui est vivant. Le bois d’ailleurs ne meurt pas vraiment…même quand il est sec il continue de bouger (on remarque cela facilement sur les portes que l’on a du mal à fermer pendant l’été australe…), alors que le fer ne bouge plus une fois fondu et refroidi.

Il s’agit donc d’ouvrir ce corps. Et notamment son côté. Le Christ laisse entrevoir son cœur, son cœur de chair qui vient symboliser sa charité pour toute créature. Et c’est cette lance qui nous le donne à voir. Sans ce fer mort fixé sur un peu de bois « vivant » nous n’aurions pas vu ce cœur qui a « tant aimé les hommes », qui bat pour chacun d’entre nous.

Et c’est là que ce fait cette « ouverture ». Alors que tout ne parler que de mort (sauf peut-être le bois…) de la vie surgit à nouveau. Cette lance perce une source ! En nous donnant à voir non seulement le cœur, mais en plus l’intérieur du cœur, la lance libère son contenue : de l’eau et du sang, comme on viendrait percer un tonneau qui donnerait son précieux liquide. La lance nous donne ce que le monde espérait tant, et que le Seigneur avait promis par ses prophètes.

Relisons ce passage d’Ezechiel :

« En ces jours-là, au cours d’une vision reçue du Seigneur, l’homme me fit revenir à l’entrée de la Maison, et voici : sous le seuil de la Maison, de l’eau jaillissait vers l’orient, puisque la façade de la Maison était du côté de l’orient. L’eau descendait de dessous le côté droit de la Maison, au sud de l’autel. L’homme me fit sortir par la porte du nord et me fit faire le tour par l’extérieur, jusqu’à la porte qui fait face à l’orient, et là encore l’eau coulait du côté droit. Quand il m’eut ramené, voici qu’il y avait au bord du torrent, de chaque côté, des arbres en grand nombre. […] Il me dit : « Cette eau coule vers la région de l’orient, elle descend dans la vallée du Jourdain, et se déverse dans la mer Morte, dont elle assainit les eaux. En tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner. Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre, et la vie apparaît en tout lieu où arrive le torrent. Au bord du torrent, sur les deux rives, toutes sortes d’arbres fruitiers pousseront ;
leur feuillage ne se flétrira pas et leurs fruits ne manqueront pas. Chaque mois ils porteront des fruits nouveaux, car cette eau vient du sanctuaire. Les fruits seront une nourriture, et les feuilles un remède. »[1]

Le Temple de la prophétie, c’est le Christ lui-même, et c’est du côté de l’autel que de l’eau s’écoule, tout comme c’est du côté du Christ en croix que cette eau et ce sang sont répandus. Cette eau vient donc figurée le don de vie abondante que fait Dieu au monde : c’est le don de l’Esprit Saint. Cette vie produit des arbres, et donc c’est une vie qui produit des êtres eux-mêmes capables de produire des fruits, comprenez : de la vie. C’est bien cela l‘ouverture à l’espérance. Le Seigneur fait de nous des producteurs, en nous donnant sa grâce il nous montre que l’on peut à notre tour produire des fruits.

Le côté ouvert nous invite à voir la pleine réalisation du dessein divin, de comprendre la miséricorde, de l’intérieur presque. Sainte Catherine de Sienne dans ses dialogues avec le Christ lui demande un jour pourquoi son cœur continue de saigner et de répandre de l’eau alors qu’il est déjà mort. Et Jésus répond que cela est un signe de la surabondance de sa miséricorde. Dieu nous aime tellement, que la mort de son Fils est même dépassée. Ce cœur ouvert donne la preuve d’une abondance de vie faite pour se donner, d’une abondance en laquelle il nous invite à espérer !

[1] Ez 47.

Vendredi Saint – 15 avril 2022 – Fr. Etienne HARANT, o.p.

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